Une affiche, une artiste 

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Nathalie Rodach, à qui l’on doit l’affiche de notre congrès, habite et travaille à Genève. « Scanner, livre 1 » est une installation (21×29,7×82) dont les éléments sont comme des cartes qu’on bat dans un mouvement aléatoire. Des fils rouges tissent et relient des morceaux de scanner qui s’étirent dans un dispositif qui apparaît instable. Il y a ce qui s’y est inscrit et ce qui a disparu. Des traces ou des liens comme à la surface d’un bloc-magique. Il y a ce qui file, ce qui court, ce qui vacille, ce qui n’apparaît que dans l’instant. Ce qui ne se laisse pas lire et qui reste inaccessible, inconscient.

Nathalie Rodach, peintre plasticienne, vidéaste, construit souvent ses œuvres dans les lieux où elle expose : Venise, New York, Genève, actuellement à Tunis avec d’autres artistes au musée Bardo, pour une exposition à plusieurs à partir de l’île de Kerkennah où il est question d’allers et de retours, de pêche, de migrants, mais aussi de terres rêvées.

Entrer dans une exposition de Nathalie Rodach, c’est faire une expérience. On est pris à parti. Le spectateur est mis en position de chercheur. Il y a ce qui se voit, il y a ce qui ne se voit pas : ce qu’il faut aller chercher pour reconstituer une histoire, un récit pour lier ce qui est disjoint, pour tenter d’en former un tout. Comme dans le dispositif instable de l’installation de notre affiche, ou comme les inscriptions en hébreu sur le tronc de l’arbre coupé dont l’écriture s’efface peu à peu dans les cernes de l’arbre lui-même, dans une récente exposition à Genève au Laboratoire d’art Contemporain Andata Riturno

Nathalie Rodach interroge le temps, l’instant, le rêve, le cri, l’exil, la naissance, la mémoire, l’inconscient : ce qu’elle nomme Passage, une série dont fait partie notre affiche – c’est-dire, nous dit-elle, ce  » moment très fragile d’émergence, le passage d’un statut à un autre quand on a atteint une limite qui est devenue contrainte « .

Anne Ansermet