Quid de l’inconscient transférentiel ? par Thomas Van Rumst

#

A propos du Séminaire « Nouages » à Tel Aviv      

« Vous parlez de l’inconscient réel, mais qu’en est-il de l’inconscient transférentiel dans cette cure ? » Il s’agissait de la cure d’une petite fille autiste. Une clinique du signifiant-objet et de l’objet-signifiant, des circuits, et Noa Geffen, qui nous parlait de cette petite demoiselle, s’est saisie des outils que ce sujet lui tendait. Ainsi dans ce récit, l’histoire familiale de la jeune fille n’entrait pas en ligne de compte. Paradigmatique. La question tombait à point nommé.

L’inconscient réel est là dès le début d’une cure, au-delà de l’inconscient transférentiel et la cure sera d’emblée orientée vers le réel. Les deux inconscients sont là, tout le temps. C’est cela « l’équivoque entre l’imaginaire et le réel dont participe l’inconscient » (1) .

C’est la petite fille qui dirigeait Noa Geffen de sorte que Noa « ne l’embêtait pas avec ses commentaires ». Ici, dans cette cure, c’est plutôt l’inconscient transférentiel de l’analyste qui est dirigé : du côté de l’Autre. Et c’est là qu’il doit rester si la psychanalyse n’est pas une escroquerie. L’enfant autiste ne s’y trompe pas.

C’est donc à l’analyste de prendre en charge son propre inconscient transférentiel. Mais comment le supporter? « Cette fille me rend folle » disait-elle en contrôle, avant d’en témoigner au Séminaire « Nouages ». C’est là qu’est passé l’inconscient transférentiel de l’analyste avec les effets formateurs pour ceux qui étaient présents.

Mais cela ne s’applique pas qu’aux cures d’enfants autistes. C’est qu’eux, plus que les autres, nous montrent que l’inconscient réel est là d’emblée dans la cure. Ils font ainsi obstacle à notre croyance que le réel recèle un sens. Nous sommes donc forcés à une ascèse. D’où l’importance du contrôle et de sa propre analyse comme formation de l’analyste.

L’inconscient n’a pas besoin d’être formé, il est là, inéliminable. Qu’une adresse à l’École est et reste nécessaire, même et surtout après la fin d’une analyse, démontre que le transfert n’est pas juste un semblant mensonger par rapport au réel de la clinique, mais un semblant nécessaire et par là : politique.

Tel Aviv – Bruxelles, le 26 mars 2017

(1) Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, mars 2005, p. 101.