L’inconscient se place hors du temps par Jean-Pierre Klotz

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« Nous nous trouvons ici au cœur des problèmes de ce qu’avance Freud quand il dit que l’inconscient se place hors du temps. C’est vrai, et ce n’est pas vrai. Il se place hors du temps exactement comme le concept, parce qu’il est de lui-même le temps, le temps pur de la chose, et qu’il peut comme tel reproduire la chose dans une certaine modulation, dont n’importe quoi peut être le support matériel. Il ne s’agit pas d’autre chose dans l’automatisme de répétition. Cette remarque nous mènera très loin, jusqu’aux problèmes de temps que comporte la pratique analytique. »

Jacques LACAN, Le Séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud  (1953-1954), texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1975, page 267.

Le paradoxe saisit le lecteur de cette thèse freudienne. Il y a la place essentielle donnée au temps par Lacan, évoquée ici dans les dernières lignes. Dès son retour à Freud, puis tout au long de son enseignement, le temps de la séance a été au cœur des polémiques incessantes lancées contre sa pratique. Son article sur Le Temps logique, dès « De nos antécédents » dans ses Écrits, frappe: il y est question d’un jeu débouchant sur une mise en acte incluse dans un procès logique, associant deux dimensions hétérogènes en tension. La fonction de la hâte extraite par Lacan aura un grand destin, dans son enseignement comme au ras de la pratique de la psychanalyse. Elle ne cesse de l’infiltrer tant dans sa mise en œuvre que dans le compte-rendu qu’on tente d’en donner. Et ce, tout spécialement dans les enjeux de sa fin, du comment faire avec l’impossible à dire, au cœur même du symptôme que la psychanalyse traite, ou pour mieux dire, dont elle traite.

Le temps, qui n’est pas la durée, qui déborde toute mesure, que l’on peut tenter d’enserrer, la hâte tente de lui donner présence, même évanescente. Le symptôme, puis le sinthome a fortiori, tente d’en faire encore quelque chose, de le rendre maniable.

L’inconscient « ne connait pas » le temps, on le dit souvent ainsi. En effet, ils se côtoient sans se connaître, c’est plutôt raté entre eux, c’est une rencontre manquée, formule dont Lacan caractérisera la répétition. L’inconscient hors du temps, ça pousse à ce côtoiement, à ce « faire avec » incessant qui fait que l’inconscient ne peut être « produit » (sous transfert) que pris dans les anfractuosités du temps, sous les espèces de ses « formations » dont l’évanescence temporelle est modalité de leur mise en acte.

Dans l’expérience commune, le temps est ce qui fait toucher du doigt le réel à la mode de Lacan, mieux que d’autres biais. C’est ainsi que je relie le « temps de la chose » du concept hégélien sus-cité à là où en viendra Lacan, vers la fin.