Passage à l’acte criminel, psychose et inconscient réel par René Raggenbass

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« Ce que nous apprend en effet la psychanalyse, c’est qu’une faute ne se produit jamais par hasard » (1)

La faute, explicite Lacan, exprime la vie du langage non pas du côté du sens mais du côté de la vie dans les pulsions. Dans ma pratique avec des auteurs de passages à l’acte cette phrase interpelle dans la mesure où le lien entre la faute et la vie du langage n’est pas, faute de mots pour dire le crime, d’emblée donné. Ici, pas de refoulement, pas d’inconscient freudien donc pas de savoir à déchiffrer mais juste un corps mis en acte hors langage. Ici, la faute est connectée au réel, elle n’est pas lapsus.

Dans ces situations de vie, comment faire résonner le corps mis en acte avec des signifiants dont le sujet pourrait faire un usage pour faire discours, faire lien social ? Comment séparer le criminel de quelque chose qui puisse fonctionner en vue d’un échange, dont il puisse faire un usage avec l’autre ? Dans ces cas, il n’y a pas de place pour des interprétations, ni pour le déchiffrage mais plutôt pour ce que j’appelle un lent travail de chiffrage signifiant des coordonnées même du passage à l’acte dont le sujet ne peut rien dire. Face à l’inconscient réel, Lacan fournit une piste, un usage possible de quelque chose logé dans la langue. Dans Radiophonie, Lacan dit : « Psychanalyste, c’est du signe que je suis averti » (2). Averti et enseigné, le psychanalyste peut alors faire usage de signes et non de signifiants pour habiller, chiffrer la jouissance restée hors langage mais agie dans le crime. Est-ce que le signe peut faire résonner quelque chose dans le corps ? Ce qui semble plus sûre, c’est que le signe est une amorce pour un possible nouage entre un réel resté hors langage au moment du passage à l’acte et le corps ceci au moyen d’un instrument langagier qui ne passe pas par le sens mais par le signe. Ce signe peut représenter quelque chose pour lui en rapport – pas en relation – avec son corps propre et l’Autre du langage.

(1) Lacan, Jacques, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p.148.

(2) Lacan, Jacques, Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p. 413.