Un lapsus calami par Frank Rollier

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L’inconscient est bien vivant et il peut surgir au détour du premier mail venu. Préparant, en vue de notre prochain congrès, un déplacement à Lausanne pour un séminaire Nouages de la NLS, où je devais parler sous le titre « Le scandale de l’inconscient », ma réflexion pour cet exposé débuta de façon imprévue et stimulante, grâce à un mail du collègue qui se chargeait de l’organisation de cette journée. Il m’y proposait en particulier de « disposer de 50 minutes » pour présenter mon travail, ce à quoi je lui répondis aussitôt que pour la durée de mon exposé, « 50 ans » me paraissaient a priori tout à fait suffisants ! Je lui dois d’avoir relevé ce lapsus calami, non sans qu’il émette quelque crainte de n’avoir pas réservé la salle pour une durée suffisante… Certes, je savais mon attachement à la Suisse profonde, mais de là à maintenir l’auditoire en éveil jusqu’en 2067, je n’en revenais pas. Aussi, relatant cette manifestation de mon inconscient au public du Séminaire, je leur proposai d’entendre que dans cet excès, cette sorte de prétention phallique, se révélait que le démenti de la castration était chez moi increvable, et qu’y répondait sans doute le symptôme d’être toujours sur la brèche. J’ajoutais que nous savons que le refus de la castration est d’abord refus de la castration de l’Autre et je proposais aussi d’entendre dans cette bévue mon rêve que l’intérêt pour la psychanalyse dans la communauté de travail helvète soit tel qu’il reste en alerte sans relâche un demi-siècle durant, grâce au désir décidé et infatigable des membres de la Société de l’ASREEP-NLS.

Pour l’analysant dont le chemin est propice aux trébuchements1 de l’inconscient, ou pour celui qui prétend occuper la place de l’analyste, l’apparition d’un rêve, d’un lapsus, d’un acte manqué où le sens commun achoppe, est du pain béni, un petit scandale bienvenu. C’est une bévue que nous saluons en lui prêtant la possibilité de réveiller un tant soit peu l’analysant, ceci pour autant que l’analyste lui-même ne dorme pas et saisisse au bond ce qui de l’objet de jouissance s’y manifeste. C’est l’acte de l’analyste qui faire résonner le scandale de l’inconscient et lui donne sa portée.

(1) LACAN, J. : Le Séminaire , livre XI, «  Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse », Paris, Seuil, 1973, p. 27.