Acteurs ou pas ? par Claudia Iddan

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« C’est avec nos propres membres que nous faisons l’alphabet de ce discours qui est inconscient- et, bien entendu, chacun de nous dans ses rapports divers, car chacun ne se sert pas des mêmes éléments pour être pris dans l’inconscient. De façon analogue, l’acteur prête ses membres, sa présence, non pas simplement comme une marionnette, mais avec son inconscient bel et bien réel, à savoir le rapport de ses membres à une certaine histoire qui est la sienne »

Lacan J., Le Séminaire, livre VI, Le désir et son interprétation, page 328.

Cet extrait que je voudrais commenter ici, se trouve dans l’un des chapitres consacrés au commentaire de la pièce Hamlet de Shakespeare. En se référant à la représentation, Lacan se demande quelle nouvelle dimension celle-ci apporte au texte afin, il me semble, de répondre aussi à la critique formulée à son égard sur le fait qu’il semble ignorer l’existence du corps.

Outre le fait de présenter l’inconscient sous la forme du discours de l’Autre, Lacan ajoute dans le même chapitre que le rapport du sujet à l’inconscient se base sur le matériel signifiant que le propre sujet fournit avec son imaginaire. La question introduit la dimension du corps rattaché au discours de l’Autre au moyen de l’interprétation des acteurs. Peut-on affirmer que nous sommes tous acteurs de notre propre discours de l’Autre ?

L’imaginaire, le rapport à notre corps, fournit les lettres, la matérialité de l’alphabet de ce discours inconscient. A ce stade, le concept du discours n’a pas encore acquis l’ampleur qu’il prendra lors de son développement postérieur qui se résume à une formule. Le discours inconscient sera intitulé le discours du maître, à savoir : S1 S2

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Les signifiants- lettres, les S1 ou l’alphabet, s’inscrivent et s’écrivent par le corps et sur le corps même, ils entretiennent un rapport avec une histoire qui est liée aux différentes relations du sujet, de $. Autrement dit, cela fait allusion à la relation S1-S2 du mathème.

Mais, dans le paragraphe cité où peut-on trouver un rapprochement avec l’idée de l’objet a du mathème ? la relation entre le jeu des membres du corps et l’histoire d’un sujet est à mon avis à mettre en rapport avec ce que Freud appelle le complexe de Nebenmensch, du semblable. Celui-ci met en évidence le processus d’appréhension, ce que le sujet perçoit de l’autre, du semblable, à travers son propre corps et permet de cerner la place du Das Ding, du trou inassimilable.

Ainsi, nous pouvons conclure que notre corps met en scène notre discours de l’Autre.