Fulgurance de l’inconscient et désir de l’analyste – Extrait d’une intervention de Jacques-Alain Miller

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Texte mis en évidence par Daisy De Avila Seidl

Est-ce que l’Inconscient est réel ? Non ! C’est la réponse tout de même la plus facile à faire. L’inconscient c’est une hypothèse, ce qui reste une perspective fondamentale, même si on peut la prolonger, la faire varier. Pour Freud rappelez-vous que l’inconscient est le résultat d’une déduction. C’est ce que Lacan traduit au plus près en soulignant que le sujet de l’inconscient c’est le sujet supposé, c’est à dire hypothétique. Ce n’est donc pas un réel. Et on se pose même la question de savoir si c’est un être. Vous savez que Lacan préfère dire que c’est un désir plutôt qu’un être. L’inconscient n’a pas plus d’être que le sujet lui-même. Ce que Lacan écrit S barré, c’est quelque chose qui n’a pas d’être, qui n’a que l’être du manque et qui doit advenir. Et nous le savons bien, il suffit simplement d’en tirer les conséquences. Nous savons bien que l’inconscient dans la psychanalyse est soumis à un devoir être. Il est soumis à un impératif que, comme analystes, nous représentons. Et c’est en ce sens que Lacan dit que le statut de l’inconscient est éthique. Si le statut de l’inconscient est éthique, il n’est pas de l’ordre du réel, c’est ça que ça veut dire. Le statut du réel n’est pas éthique. Le réel, dans ses manifestations est plutôt unethical, il ne se tient pas bien à notre gré. Dire que le statut de l’inconscient est éthique c’est précisément dire qu’il est relatif au désir, et d’abord au désir de l’analyste qui essaye d’inspirer à l’analysant de prendre le relais de ce désir.

A quel moment dans la pratique de l’analyse est-on nécessité à une déduction de l’inconscient ? Simplement, par exemple, quand on voit revenir dans la parole de l’analysant des souvenirs anciens qui étaient jusqu’alors oubliés. On est bien forcé de supposer que ces souvenirs, dans l’intervalle, résidaient quelque part, en un certain lieu d’être, un lieu qui reste inconnu, inaccessible à la connaissance, dont on dit précisément qu’il ne connaît pas le temps. Et pour mimer encore plus le statut ontologique de l’inconscient, prenons ce que Lacan appelle ses formations, qui mettent en valeur précisément le statut fugitif de l’être. Les rêves s’effacent. Ce sont des êtres qui ne consistent pas, dont souvent dans l’analyse nous n’avons que des bribes. Le lapsus, l’acte manqué, le mot d’esprit, ce sont des instantanés, qui fulgurent, auxquels on donne dans la psychanalyse un sens de vérité, mais qui s’éclipsent aussitôt.

Texte établi par Dominique Holvoet (non relu par l’auteur) où Jacques-Alain Miller présentait à la fin du congrès de la NLS (Londres les 2 et 3 avril 2011).