Un rêve par Violaine Clément

#

En cours d’analyse, je fais un rêve qui m’oriente encore : je rêve que j’invite Jacques Lacan à venir donner une conférence chez moi, dans le canton de Fribourg. Bien que mort depuis belle lurette, il accepte, ce qui ne me surprend pas. Désireuse de lui montrer la verte Gruyère, je l’emmène en voiture dans un lieu des préalpes, très vert, dans lequel je suis allée jeune fille avec un amoureux. Au bout d’un temps, il me dit dans un français très local : C’est pas tout ça, mais il faut que je prenne quelques notes pour ma conférence : vous auriez un papier ? Bien sûre d’en avoir un dans ma voiture qui recèle beaucoup de trésors, je fouille, parmi la pile de documents scolaires de ma fille, qui vient de passer son bac, et qui a tout laissé dans ma voiture… Rien, pas le moindre petit carré vide, tout est déjà écrit, rempli d’écritures inutiles, que personne ne lira plus jamais, mais qu’on ne jette pas tout de suite.

J’aime ce rêve, qui m’a fait honte, qui m’a réveillée, en un éclat de rire !

Ce rêve effaçait cette sensation que traduit si bien le vers de Mallarmé : La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. Avec Lacan, ce n’est pas la tristesse aux commandes, ni la quête d’absolu qui vous retient, mais le transfert, si puissant, puisqu’il faut tout oser, πᾶν τόλματον (…) comme le disait Sappho dans son si merveilleux poème à une femme aimée. Car dans la poésie comme dans les rêves, personne ne vieillit, ni ne meurt…

Oui, lire les séminaires de Lacan, ou ses Ecrits, impossible sans inconscient.