L’amour de la vérité par Jean-Luc Monnier

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« Qu’est-ce que l’amour de la vérité ? C’est quelque chose qui se gausse du manque à être de la vérité. Ce manque à être, nous pourrions l’appeler autrement — un manque d’oubli, qui se rappelle à nous dans les forma­tions de l’inconscient. Ce n’est rien qui soit de l’ordre de l’être, d’un être plein d’aucune façon. Qu’est-ce que ce désir indestructible dont parle Freud pour conclure les dernières lignes de sa Traumdeutung ? Qu’est-ce que ce désir que rien ne peut changer, ni fléchir, quand tout change ? Le manque d’oubli est la même chose que le manque à être, car être, ce n’est rien d’autre que d’oublier. L’amour de la vérité, c’est l’amour de cette faiblesse dont nous avons soulevé le voile, c’est l’amour de ceci que la vérité cache, et qui s’appelle la castration. »
LACAN J., Le Séminaire, livre XVII, l’envers de la psychanalyse [1969-1970], texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, coll. Champ freudien, 1991, page 58.

Je trouve cette citation intéressante car elle fait écho à ce que dit J-A. Miller dans l’inconscient et le corps parlant lorsqu’il parle de l’escabeau et de la sublimation. Je le cite : « L’escabeau est la sublimation, mais en tant qu’elle se fonde sur le je ne pense pas premier du parlêtre. Qu’est-ce que c’est que ce je ne pense pas ? C’est la négation de l’inconscient par quoi le parlêtre se croit maître de son être. »
MILLER J-A., L’inconscient et le corps parlant, Présentation du thème du Xe Congrès de l’AMP à Rio en 2016, http://www.wapol.org/fr/