Le psychanalyste et son inconscient par Yves Vanderveken

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Le psychanalyste n’a pas d’inconscient. S’il a un inconscient, c’est comme analysant.

Pour l’orientation lacanienne, analyste et analysant ne sont pas des termes exclusifs.

C’est par sa propre analyse, poussée suffisamment loin, que le psychanalyste et son désir se produisent. L’analyste est donc une production de son « être » d’analysant, soit de son inconscient.

Mais le temps que l’analyste se prête à opérer comme semblant d’objet, il n’a pas d’inconscient. C’est le point d’horizon qu’il doit viser : que son propre inconscient soit fermé, ou suffisamment nettoyé, pour être rendu inactif. Afin de laisser place au seul inconscient de l’analysant dans la cure qu’il dirige1, de ne pas interférer, d’empêcher ou d’en fermer les productions. C’est la conséquence logique de l’aphorisme lacanien qu’il n’y a de résistance que de l’analyste2.

L’analyste est-il donc pur de son inconscient ? Certes non. Lacan noue l’analyste à sa propre cure, à elle seule, en tant qu’elle a son point de conclusion logique. C’est le pari lacanien – et la tâche de l’analysant de démontrer, auprès de quelques autres, sa fin. Mais elle a aussi une dimension d’infini. Analyse finie et infinie. Comment le saisir ?

Le désir de l’analyste n’est pas un désir pur3. Lacan dira qu’il a un désir « averti »4. Produit de sa propre cure, il opère à partir de restes symptomatiques. Il est inclus dans le tableau5 des cures, ne fût-ce qu’en prenant la moitié du symptôme à sa charge, et ne peut dès lors s’en extraire. Mais ces restes relèvent-ils encore de l’inconscient ? Le recours ici à deux types d’inconscient, relevés par Jacques-Alain Miller dans l’enseignement de Lacan, s’impose. Si ces restes avec lesquels l’analyste opère relèvent de l’inconscient réel, celui qui « n’a plus aucune portée de sens (ou interprétation) »6, est-ce définitif ?

Non, car quand ils se trouvent ramenés à leur portée de sens, l’analyste se doit de refaire un tour du côté de l’inconscient transférentiel, chaque fois que ce sera nécessaire et le temps qu’il faut. C’est la recommandation freudienne du nécessaire retour régulier à l’analyse de l’analyste.

Il peut arriver que le noyau traumatique se trouve à nouveau frappé de plein fouet et produise sa réactivation. La résistance qui se fait jour dans les cures qu’il dirige peut aussi constituer des signes d’un « inanalysé » de l’analyste. Le contrôle de la pratique donne ici tout l’empan de sa fonction et peut conduire à un nouveau détour par l’analyse.

Dans sa fonction, l’inconscient de l’analyste n’a rien à y faire, non plus à s’interpréter, encore moins à se transmettre.

1 J. Lacan, Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 586.

2 Ibid., p. 377.

3 J. Lacan, Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p. 248.

4 J. Lacan, Le Séminaire, Livre VII, L’éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986, p. 347.

5 Développé à Pipol 5 par Jacques-Alain Miller.

6J. Lacan, Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 571.