Commentaire d’une citation de Inhibition, symptôme et angoisse de Freud, par Alexandre Stevens

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« Les descriptions que nous avons données jusqu’ici de ce qui se passe lors du refoulement ont mis fortement l’accent sur ce résultat qu’est le maintien de la représentation hors de la conscience, mais elles ont laissé persister le doute sur d’autres points. Une question se pose en effet : quel est le destin de la motion pulsionnelle qui a été activée dans le ça et qui vise à la satisfaction ? »
Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse, PUF 1973, p. 7

Freud passe à une nouvelle étape dans sa doctrine de l’inconscient. Le refoulement opère certes sur les représentants pulsionnels (signifiants) inconscients, mais il y a en même temps une modification de la motion pulsionnelle (jouissance). Il ajoute en effet « Le symptôme serait le signe et le substitut d’une satisfaction pulsionnelle qui n’a pas eu lieu » (1). A la fois signifiant et jouissance substitutive. La satisfaction (plus-de-jouir) ne s’obtient que par le symptôme et le symptôme est satisfaction — Lacan dira qu’il est jouissance.

Dans Inhibition, symptôme et angoisse, Freud n’aborde plus le symptôme comme signification refoulée c’est-à-dire comme formation de l’inconscient, mais comme fonctionnement dans la mise en jeu d’une jouissance. C’est ainsi que « Inhibition, symptôme et angoisse est la clef du dernier enseignement de Lacan »(2).

Jacques-Alain Miller commente ce texte de Freud dans les premiers cours du Symptôme partenaire en ces termes : « le symptôme comme vérité, c’est la formation de l’inconscient, c’est le symptôme en tant qu’il s’interprète (…) le symptôme comme jouissance au sens d’Inhibition, symptôme et angoisse, c’est un moyen de la pulsion qui traduit l’exigence insatiable de satisfaction de la pulsion, ce que Lacan a appelé la volonté de jouissance »(3).

Cette référence freudienne est lisible avec la distinction que met en valeur Jacques-Alain Miller entre inconscient transférentiel et inconscient réel. Plus loin dans le texte, revenant sur la phobie du petit Hans, Freud distingue manifestement deux abords distincts du refoulement. Il y a la substitution du cheval au père, un déplacement signifiant donc : inconscient transférentiel. Et il y a le refoulement de la motion pulsionnelle comme telle : « refoulée par le processus de la
transformation en son contraire ; à la place de l’agression contre le père apparait l’agression — la vengeance — du père contre la personne propre » (4) : une jouissance paradoxale, sur la voie de l’inconscient réel.

(1) Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse, PUF 1973, p. 7
(2) Jacques-Alain Miller, Cours Le partenaire symptôme, cours 1, 19-11-1997
(3) Ibid.
(4) Sigmund Freud, op. cit., p.24