Le corps que l’on a et l’inconscient du psychanalyste, par Pierre-Gilles Guéguen

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Si nous suivons le dernier Lacan, le corps que l’on a résulte de l’incorporation du symbolique et produit le sinthome, c’est à dire ce qu’il advient du symptôme quand l’analyse a été menée au plus près de la disparition de l’Autre. La jouissance que l’on a de son corps, au-delà du sens ( « hors-sens » comme on le dit fréquemment), résulte donc d’une marque réelle qui provient des premiers mots qui ont blessé le corps de chair et y ont laissé leur trace : pas de corps mais pas non plus d’inconscient sans le langage qui parasite l’être humain.

L’analyse s’avère un chemin souvent très long et ce qui permet de le parcourir c’est le transfert et les effets de vérité qu’il produit dans la cure.

Le psychanalyste sans inconscient serait celui ou celle qui n’a pas de corps or c’est impossible. C’est pourquoi Lacan souhaitait que le psychanalyste soit le plus possible allégé du sens sexuel qui menace toujours de reprendre le dessus, de telle façon qu’il n’en soit pas encombré dans son acte qui se fait à ne pas penser. Cela est indiqué très souvent dans son enseignement :

Je ne suis pas, là où je suis le jouet de ma pensée ; je pense à ce que je suis, là où je pense ne pas penser (Ecrits p. 517). Il s’agit d’une reprise sous des formes diverses et itératives de la formule freudienne : « Wo Es war, soll ich werden ».

C’est pourquoi le contrôle de la position de l’analyste s’avère nécessaire.  Souvent ai-je remarqué que la tentation de soigner sinon de guérir celui ou celle qui s’engage dans l’expérience psychanalytique fait obstacle à la direction de la cure. C’est aussi souvent vrai chez ceux qui viennent me parler de leurs patients. Vouloir le bien de l’analysant, vouloir que « l’analyse avance » comme on l’entend souvent dire, c’est paradoxalement, dans bien des cas, s’opposer à ce que le travail analytique puisse avoir les effets thérapeutiques qu’il a pourtant effectivement du fait du désir de celui qui se prête à l’expérience de l’inconscient.

Pierre-Gilles Guéguen