Du sujet de l’inconscient par Bernard Seynhaeve

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Dans le Séminaire XI, Lacan revisite les concepts fondamentaux de la psychanalyse au travers du prisme de deux termes nouveaux qu’il ajoute aux quatre concepts de Freud, le sujet et le réel, ce qui subvertit sensiblement le concept de l’inconscient.

Dans les premières leçons du Séminaire, Lacan commence par resituer l’inconscient en tant que structuré comme un langage. Cela reste vrai. L’Autre, le grand Autre est là avant que le sujet prenne la parole. Avant notre venue au monde, nous sommes inscrits dans un ordre symbolique. C’est de cela qu’il s’agit dans l’inconscient. L’Autre scène est soumise à des lois, une histoire familiale. L’important, dit Lacan, c’est de s’apercevoir que, avant toute formation du sujet, d’un sujet qui pense, ça compte avant lui, et c’est ensuite seulement que le sujet a à s’y reconnaître comme comptant.

Cependant, dans ce Séminaire Lacan met en valeur autre chose. Il fait remarquer que l’articulation signifiante a ses ratages qui n’obéissent pas aux lois du langage. C’est d’ailleurs lorsque la chaîne dérape, achoppe que Freud conclut, par déduction, à l’hypothèse de l’inconscient. Nous n’avons pas de preuve de l’existence de l’inconscient. Il note que la seule preuve que nous ayons de l’inconscient ce sont ses ratages, les ratages de la chaîne, les lapsus, et les actes manqués.

Cette définition de l’inconscient qui se déduit des trous dans la chaîne amène Lacan à définir un nouveau sujet. Quel est le sujet qui peut dire « j’ai trois frères, Paul, Ernest et moi », est-ce le je de l’énoncé ? Lorsque le sujet produit des significations inattendues, qu’il s’aperçoit que ce qu’il dit n’est pas ce qu’il voulait dire, qu’il ne se reconnaît pas dans son énoncé, c’est alors que se révèle un sujet différent, le sujet de l’énonciation, le sujet de l’inconscient. C’est dans ces dérapages de la chaîne signifiante, lorsque le sens se dérobe que se révèle le sujet de l’inconscient.